J'avais vingt-et-un ans la première fois que je lui ai ouvert la porte, lui trente-et-un. La prochaine fois qu'on se verra, ce sera pour mon anniversaire de vingt-quatre ans. Par voie de conséquence, lui aussi s'est pris trois ans dans les dents. Sa mignonne petite barbe drue et sombre de trois jours (manager épicurien rapace) a été remplacée progressivement par une vraie barbe douce (est-ce que j'aimais ça, avant ? est-ce j'aime ça ? je veux dire hors contexte) et grise vers le menton. On voit maintenant que les poils sont plus espacés que chez beaucoup d'autres hommes, et je jure que j'y ai vu, zigzag, des sourires le long de l'Ill tout à l'heure. Je ne l'ai pas sauvé, d'ailleurs je me suis faite à l'idée que je ne sauverai jamais personne et c'est très bien comme ça — ça me sauve des visites de courtoisie. Ce week-end les lettres ont recommencé à avoir une voix. Après deux ans de silence, j'ai recommencé à lire. Je lis ET je danse, pour la première fois en vingt-trois ans.
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Euh.