lundi 24 mai 2010

Les gens que j'aime.

Julien avait raison quand il disait que je m'oblitère. Il était aussi terriblement émouvant, accoudé au comptoir où j'avais deviné qu'il serait. Il avait juste un peu tort d'attribuer ça uniquement à l'ingénieur. Je veux dire : si tout allait magnifiquement bien, je ne me laisserais pas engloutir complètement comme ça. C'était depuis que j'avais arrêté de coucher, en fait, que j'avais complètement perdu pied. Depuis que ce type, au 68 rue Faider, avait accompagné mon orgasme du même geste et du même mot que l'ingénieur le fait, j'avais l'impression de ne plus pouvoir rien toucher qui ne soit un néon brûlant (dégueulasse et splendide) en forme de la bite balafrée. Euh. Oui, bon. En fin de compte, j'ai décidé de ne plus rien décider, sauf d'être heureuse. Je laisse se déliter les choses avec l'ingénieur. On enlève la chair, puis les os, puis la peau. De toute manière, non seulement Emmylou me trouvait une voix de midinette au téléphone avec lui, mais en plus ça ne rimait à rien, il l'a compris pendant que je parodiais la chanson italienne en disant "Sandrine joue avec les chats et les chats jouent avec le soleil." Il a compris qu'il ne rencontrerait jamais Sandrine, jamais personne, et moi non plus. Et c'est même plus très beau, depuis que nous savons qu'il n'a pas le courage de continuer à créer cette histoire formidable. J'ai uniquement décidé d'être heureuse, et le meilleur conseil, c'est la vieille de la forêt de Soignes qui me l'a donné tout à l'heure. On dirait que ça marche.

Je devrais peut-être reprendre la pilule. Je ne pleurais pas fillément pour un rien, avant. Et ça m'agace.

1 commentaire:

  1. Bientôt, toi aussi tu pleureras parce que tu n'as pas pu avoir le sandwich que tu voulais.

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Euh.