lundi 1 février 2010

Dévierger la neige sous l'arc de triomphe.

La saison des mots nécessaires est vraiment finie depuis longtemps, et c'est maintenant la saison des jolis mots qui a commencé. « Inafferabile », je crois que c'était le premier de la série. Ça veut dire quelque chose comme « insaisissable », mais quand le professeur de cinéma l'a utilisé dans une métaphore entre la sémiotique du temps et Indiana Jones au lasso, je l'ai trouvé tellement beau que j'ai décidé d'inaugurer avec lui la liste du vocabulaire inutile mais tellement joli. J'aimais bien sa comparaison, parce que c'est tellement comme ça que ça marche, dans ma tête, à coups de lasso. (Et puis il finit toujours par saisir bien plus que ce qu'on avait demandé, du moins quand c'est du passé vers le présent.) Quand le contrôleur ne passe pas pour vérifier les billets, ça attrape ces trajets d'enfance entre Charleroi et Carnières, et le manteau de fausse fourrure de la grand-mère qui s'est toujours tellement préoccupée pour moi que j'en ai gardé cette manie de ne pas le faire moi-même. De toute manière, je rate toujours mes morts. Mon avion est arrivé en retard pour l'enterrement d'Ernest, j'ai foiré ma seule oraison funèbre, j'ai pas pu taper sur les cons qui ont mis une croix sur le cercueil de Marie-Louise, la dernière communiste de Moortebeek, et je sais que j'arriverai en retard pour Vittorio qui est déjà gris dans son cancer dont il ne connait même pas l'existence.
Le deuxième mot était « fottere », l'équivalent archaïsant et polysémique de « foutre ». C'était une scène très photographique où Nicola, encore couché sur moi, lit par-dessus ma nuque mon carnet de vocabulaire et y lit ce mot. « C'est ce que je viens de te faire. »
Finalement je ne me suis pas arrêtée à Modène au retour de Mantoue. Je voulais garder cette impression d'être solide, très solide, d'être assez puissante pour marcher sans fin si j'en ai envie (Elvia a dit à Federica qu'elle admire mon énergie. Euh. À part qu'Elvia est bête, ça me fait penser que tout le monde à Carnières appelait ma grand-mère « La petite dame énergique »). Et puis on était dimanche soir et j'avais pas encore mangé de pâtes à la sauce rouge. Le dimanche, je mange des pâtes à la sauce rouge et si on m'enterre un dimanche il faudra lancer des spaghetti à la sauce rouge sur mon cercueil. Et pas de croix, s'il vous plait.

2 commentaires:

Euh.