Pendant que je fais les dernières démarches pour avoir ma carte d'identité de Bolognaise (adieu Napoli), il devient de plus en plus évident que je ne pourrais pas supporter très longtemps de vivre dans un pays où on n'arrête pas de m'emmerder avec la politique et la religion. Dans ma boîte aux lettres je suis gentiment invitée à assister, avec ma famille, à la bénédiction pascale (Via San Vitale n° 50, à 9h30), et j'ai le programme complet des bénédictions dans le quartier pour 2010. Jusque dans les boîtes de nuit les gens parlent du programme électoral du PD, ils s'énervent, crient très fort, s'insultent mutuellement (Pierlodovico est coule, c'est le seule jeune de droite qui ose tenir front avec des arguments aux hordes de gauchistes qui sinon s'émulent ridiculement entre elles, mais ça fait encore monter le volume alors je me sens obligée de le détester un peu), et puis se remettent à boire ensemble, parce que c'est comme ça depuis toujours, il y a un besoin compulsif de se disputer pour la politique et de tout diviser par pilier gauche-droite, même les supermarchés (à droite on va chez Plenty Market et à gauche on va à la Coop). Du reste, comme Bologne est dans les faits un des derniers bastions de gauche, en général les garçons draguent avec leur connaissance des textes de Gramsci (ouais ben Gramsci c'était un habitué du salon de mon aïeule, nananère - ici je révèle ma technique de drague bolognaise), les gens se disputent en rue au sujet de Trotski (Oh oui, bon, on a compris que s'il avait pas été écarté le monde aurait été changé) et quand on aime vraiment pas quelqu'un on dit de lui qu'il est "vraiment pas solidaire". Il est impossible d'y échapper et qu'est-ce que c'est ennuyeux de les voir se débattre schématiquement comme des ados - qui retourneront de toute manière leur veste et laissent crever les punkabestia (SDF) dans la rue pendant qu'ils se disputent très fort, en racontant chacun sa propre histoire de la politique italienne. (Ça ressemble tellement à ces diners d'enfance où Vittorio hurlait communistement jusqu'à ce que papa le remette à sa place. Vittorio n'a pas retourné sa veste, hein, c'est juste qu'il construit des centres commerciaux pour une boite dont les actionnaires lui demandent 10% de croissance annuelle, en échange d'une Audi A6 de fonction et de plein d'argent qu'il n'arrive même pas à dépenser tout seul.) Le post-modernisme a oublié de passer en Italie ; pendant ce temps-là je m'ennuie et on me demande pourquoi je ne dis rien. Je réponds que dans ma culture c'est mal élevé de parler de ses opinions politiques et de parler fort, et en disant ça je me souviens que j'ai aussi une carte d'identité belge, quelque part dans mon armoire.
(En fait, tout est dans la violence péjorative du mot "qualunquismo", traduction du concept de "désengagement" et qui littéralement signifie "quelconquisme". Si toi croire que la réalité sort du schisme gauche/droite, toi être un je-m'en-foutiste. Si toi pas t'enflammer pour politique, toi être un jean-foutre.)
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