samedi 2 janvier 2010

Deux janvier.

Hier soir tout était encore très serein au 43, rue du midi. Je ricanais des jeunes Italiens cherchant de l'animation sur la grand-place à quatre heures quarante-huit du matin. Passé le 16 rue de la loi, je me suis rendu compte qu'en fin de compte, malgré les auspices d'une crise de nerf cachée pudiquement dans le fond de l'avion vide Bologne-Bruxelles, malgré la couverture de "Douze heures dans un aéroport, c'est vraiment tuant." pour justifier le manque d'allégresse de retrouver la demeure familiale et ma chambre d'enfant, eh bien malgré ce début cahotant j'avais fini par passer deux semaines bien-heureuses. Sur l'autoroute j'ai même pensé que je pourrais avoir un jour envie de vivre à Bruxelles. J'ai garé ma voiture le long de la haie tout doucement, comme pour lui dire au revoir. C'était tout simple, comme souvent. Tout simple parce que mon père m'a appris à prendre des décisions et m'y tenir en toute confiance, pour la simple raison qu'on l'a prise et qu'il fallait bien prendre un chemin. Il a m'a aussi appris les vertus de l'intuition, quand on sait combien il a le ratio dans la peau, c'est un peu rigolo, mais ça me rend les choses plus simples et plus agréables, et là j'avais vraiment l'impression d'entrer dans le coeur de la douceur de vivre. (Papa m'avait dit quelques jours plus tôt de regarder les annonces dans Référence et moi j'avais pensé à combien d'espace il me faudrait pour installer mes livres quand je les emmènerai dans une mythique bibliothèque à venir.)

C'est en me réveillant ce matin que j'ai senti la boule. La putain de boule dans l'espresso, en essayant d'écouter Juan d'oultremont à la radio pendant que le petit-déjeuner familial vrombissait au dessus de mon muësli. La boule. (Refermer ma valise éventrée par terre à mon arrivée, trier les papiers sur mon bureau.) Voir le dernier repas de ma mère et me dire qu'il n'entrera jamais. Arriver à l'avaler et me dire qu'il restera forcément bloqué là toujours. Prendre l'autoroute de Mons et dire au revoir. (Cette putain de boule, merde.) M'engueuler avec la moitié de cet aéroport low-brain de merde et se calmer un peu le temps de me laisser traiter en animal grégaire qui s'assoupit pendant qu'on lui vole son individualité. Est-ce que j'ai déjà dit combien je déteste Ryanair ? Et puis, comme dans toutes les histoires, l'atterrissage, le bagage, le bus, les rues. En arrivant via Petroni j'ai revu Walid. Je lui ai dit j'ai été inquiète de ne plus te voir, où est-ce que tu étais passé ? J'ai été hébergé par une copine pendant un mois, puis quand je suis revenu je ne t'ai pas vue non plus, j'ai été inquiet aussi. J'ai souri en pensant que pendant que je disais à tout Bruxelles que j'avais perdu Walid, de son côté il demandait à tous les punks de Bologne s'ils ne m'avaient pas vue, si j'avais pas laissé un message pour lui. J'ai dit mon bagage est très lourd, à demain, Walid. Dix minutes pour monter les quatre étages. Cette boule, putain, cette boule. J'aurais tué pour savoir si c'était de l'angoisse, du désir, de la crainte.
La clé ouvre la porte. La nappe violette, tout était comme je l'avais laissé. Un râle de Frank Zappa marié à Jeff Buckley, Melody Nelson et plein de choses que je ne croyais pas avoir jamais écoutées est sorti de ma gorge et fait éclater la boule.
Et j'ai ouvert les volets.

3 commentaires:

Euh.