Tout le monde s'est relayé pour me dire que j'avais triste mine, l'air éteint. Franchement, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement quand la ville qu'on aime d'amour se met à ressembler à l'intérieur de ce magasin :
Est-ce que ça ne ferait pas faire des cauchemars à n'importe qui ? Il faut dire que quand les Italiens se mettent à faire dans le kitch, mieux vaut suspendre sa propre existence en attendant que ça passe (trouver une caverne, un igloo, se mettre en stand-by), parce qu'ils sont vraiment très très forts pour ça. (C'est un des points communs qu'ils ont avec les Chinois.)
Et puis il y a aussi que Noël, les lumières partout (même les torri pendenti sont transformées en phallus lumineux), les marchés (damnés soient-ils), ça veut forcément dire Bruxelles. Message de Mère : « Nous serons treize à Noël. Sauf si tu es enceinte. » (Cymbales. Rire.) Ça me rappelle le voyage sur la Côte Est des États-Unis, où chaque matin je disais à Clément « J'ai rêvé que le voyage était fini. » Alors il se moquait de moi, et ça me rassurait. Ça voulait dire que papa allait redémarrer le moteur du Mobile Home de neuf mètres soixante de long, que Vittorio allait ouvrir la grande carte routière et qu'on allait continuer à descendre vers le Sud, tous les cinq. J'ai oublié beaucoup de choses de ce voyage, mais pas cette sensation d'éternité continuellement mise en péril, et puis chaque fois rassurée par le rire de Clément. Ces dernières semaines ont ressemblé à ce rêve en boucle d'un voyage qui finit. Et maintenant que le départ pour Bruxelles est imminent, je commence à me rassurer, parce que mon retour se rapproche aussi, fatalement. Les toits, chaque matin, se moquent de moi. Et je ris aussi.
Andrée m'a écrit dans une lettre « Pour une fois, cette année, j'attends Noël car Horace et moi trouvons que le temps dure longtemps. » Mais pour moi, Noël, cette année et pour la première fois, c'est ça :


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Euh.