Mère n'a pas supporté ma phrase. Mère rabâchait sur l'identité des descendants d'immigrés et la phrase est sortie "Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part." Malgré ce que j'ai écrit dans mon dossier Erasmus, ce n'est pas un pèlerinage identitaire que je suis venue faire en Italie. Si l'exil est transmissible de génération en génération, c'est sous la forme de nouveaux départs, et non pas sous la forme du culte béat de l'exil des ancêtres. Ce qu'il me reste de leurs migrations, c'est la possibilité de cumuler les patries, les identités, de me sentir chez moi partout. J'ai de la Flandre, de la Wallonie, du Bruxelles, du Gand, de l'Espagne, de l'Equateur, de la Chine, de l'Italie, du Bologne en moi, parce que j'ai aimé (dans) ces endroits à en crever. Et si cette liste était exhaustive et finie, je me balancerais par ma fenêtre. Vouer un culte à de mythiques nation et culture originelles, ce serait m'empêcher d'actualiser mon identité. Se priver des contaminations. Je mange des frites, du lapin aux pruneaux, des pizze napolitaines. Je bois du Rioja, du San Giovese, du thé vert, du café ristretto. Rien n'est contradictoire.
Si vous n'aimez pas la mer... si vous n'aimez pas la montagne... si vous n'aimez pas la ville : allez vous faire foutre.
Les contaminations bolognaises ont commencé. (Il y a de quoi sourire.) La sacralisation des "lauree", les gestes dans le discours, la peur de la pluie (qui elle-même est une contamination extra-bolognaise), la marche obsessionnelle (ou l'arrêt des transports obsessionnels - à part la voiture de Pierlodovico et le scooter de Michele, mais ça c'est juste pour le plaisir).
Je cesserai de croire en l'identité multiple le jour où je n'aurai plus rien à apprendre.
RépondreSupprimerOh ben moi aussi tiens.
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