dimanche 7 février 2010

Sept février.

Ça aurait pu être un dimanche parfait. J'avais bien dormi, bien étudié, bien mangé. Il y avait du soleil dehors, qui chauffait de nouveau les toits, et il y avait cette odeur d'hiver qui crève. L'après-midi j'ai voulu aller faire du sexe avec les arcades de Bologne, profitant qu'elles soient vides de tous ces travailleurs qui font la sieste du dimanche après-midi. Je m'étais pris quelques rayons dans la tronche, ça m'avait fait du bien, et j'avais continué à marcher intentionnellement dans des rues que je ne prends jamais, jusqu'à me retrouver à des endroits improbables (mais je ne me perds plus à Bologne, c'est devenu impossible). Via Bersaglieri, ça me semble familier. Ah bah oui, me voilà Via San Petronio Vecchio. Oh, Via Fondazza, je connais ça, je pense. Gauche, droite ? Bon, droite. Oh zut, on est Via Dante, c'est la rue la plus moche de la ville intra-muros. Bon. Via Santo Stefano, Via Guerrazzi (j'ai appris dans mon cours sur Bassani qui c'était, ce Guerrazzi, mais j'ai oublié - sans doute un antifasciste romagnole), et pof je retombe sur la Via Petroni. Ma tête faisait des déclarations d'amour lyriques aux arcades vides et silencieuses de ce pur moment bolognais, je chantais les louanges de cette ville-village. Ça allait se terminer de manière parfaite, jusqu'à ce que, à cinquante mètres de ma porte d'entrée, j'entende la voix et l'intonation bien connue de Giulia. Elle était en discussion avec deux espèces d'artistes, elle ne m'aurait pas vue, pourquoi je lui ai caressé le bras sur son passage, HEIN ? Tout ça pour me faire gronder par elle (et oh oui voir ses petites boucles danser et me rendre compte qu'elle a aussi un très bel accent en italien et me surprendre à bredouiller avec elle quand je regarde ses boucles dans le bas de sa chevelure un peu grise) parce que je l'ai évitée pendant quatre mois, m'inventer des excuses (ça ne marche pas, elle me regarde comme on regarde un enfant qui a fait une bêtise), l'inviter à ma goodbye-party et la voir me faire les yeux encore plus ronds "On ne peut jamais discuter à ce genre de soirées. Je veux boire un café avec toi."
Les gens m'emmerdent. Si au moins ils étaient bêtes, je pourrais leur pardonner de m'emmerder.

jeudi 4 février 2010

Bologne-la-rouge.

Pendant que je fais les dernières démarches pour avoir ma carte d'identité de Bolognaise (adieu Napoli), il devient de plus en plus évident que je ne pourrais pas supporter très longtemps de vivre dans un pays où on n'arrête pas de m'emmerder avec la politique et la religion. Dans ma boîte aux lettres je suis gentiment invitée à assister, avec ma famille, à la bénédiction pascale (Via San Vitale n° 50, à 9h30), et j'ai le programme complet des bénédictions dans le quartier pour 2010. Jusque dans les boîtes de nuit les gens parlent du programme électoral du PD, ils s'énervent, crient très fort, s'insultent mutuellement (Pierlodovico est coule, c'est le seule jeune de droite qui ose tenir front avec des arguments aux hordes de gauchistes qui sinon s'émulent ridiculement entre elles, mais ça fait encore monter le volume alors je me sens obligée de le détester un peu), et puis se remettent à boire ensemble, parce que c'est comme ça depuis toujours, il y a un besoin compulsif de se disputer pour la politique et de tout diviser par pilier gauche-droite, même les supermarchés (à droite on va chez Plenty Market et à gauche on va à la Coop). Du reste, comme Bologne est dans les faits un des derniers bastions de gauche, en général les garçons draguent avec leur connaissance des textes de Gramsci (ouais ben Gramsci c'était un habitué du salon de mon aïeule, nananère - ici je révèle ma technique de drague bolognaise), les gens se disputent en rue au sujet de Trotski (Oh oui, bon, on a compris que s'il avait pas été écarté le monde aurait été changé) et quand on aime vraiment pas quelqu'un on dit de lui qu'il est "vraiment pas solidaire". Il est impossible d'y échapper et qu'est-ce que c'est ennuyeux de les voir se débattre schématiquement comme des ados - qui retourneront de toute manière leur veste et laissent crever les punkabestia (SDF) dans la rue pendant qu'ils se disputent très fort, en racontant chacun sa propre histoire de la politique italienne. (Ça ressemble tellement à ces diners d'enfance où Vittorio hurlait communistement jusqu'à ce que papa le remette à sa place. Vittorio n'a pas retourné sa veste, hein, c'est juste qu'il construit des centres commerciaux pour une boite dont les actionnaires lui demandent 10% de croissance annuelle, en échange d'une Audi A6 de fonction et de plein d'argent qu'il n'arrive même pas à dépenser tout seul.) Le post-modernisme a oublié de passer en Italie ; pendant ce temps-là je m'ennuie et on me demande pourquoi je ne dis rien. Je réponds que dans ma culture c'est mal élevé de parler de ses opinions politiques et de parler fort, et en disant ça je me souviens que j'ai aussi une carte d'identité belge, quelque part dans mon armoire.

lundi 1 février 2010

Dévierger la neige sous l'arc de triomphe.

La saison des mots nécessaires est vraiment finie depuis longtemps, et c'est maintenant la saison des jolis mots qui a commencé. « Inafferabile », je crois que c'était le premier de la série. Ça veut dire quelque chose comme « insaisissable », mais quand le professeur de cinéma l'a utilisé dans une métaphore entre la sémiotique du temps et Indiana Jones au lasso, je l'ai trouvé tellement beau que j'ai décidé d'inaugurer avec lui la liste du vocabulaire inutile mais tellement joli. J'aimais bien sa comparaison, parce que c'est tellement comme ça que ça marche, dans ma tête, à coups de lasso. (Et puis il finit toujours par saisir bien plus que ce qu'on avait demandé, du moins quand c'est du passé vers le présent.) Quand le contrôleur ne passe pas pour vérifier les billets, ça attrape ces trajets d'enfance entre Charleroi et Carnières, et le manteau de fausse fourrure de la grand-mère qui s'est toujours tellement préoccupée pour moi que j'en ai gardé cette manie de ne pas le faire moi-même. De toute manière, je rate toujours mes morts. Mon avion est arrivé en retard pour l'enterrement d'Ernest, j'ai foiré ma seule oraison funèbre, j'ai pas pu taper sur les cons qui ont mis une croix sur le cercueil de Marie-Louise, la dernière communiste de Moortebeek, et je sais que j'arriverai en retard pour Vittorio qui est déjà gris dans son cancer dont il ne connait même pas l'existence.
Le deuxième mot était « fottere », l'équivalent archaïsant et polysémique de « foutre ». C'était une scène très photographique où Nicola, encore couché sur moi, lit par-dessus ma nuque mon carnet de vocabulaire et y lit ce mot. « C'est ce que je viens de te faire. »
Finalement je ne me suis pas arrêtée à Modène au retour de Mantoue. Je voulais garder cette impression d'être solide, très solide, d'être assez puissante pour marcher sans fin si j'en ai envie (Elvia a dit à Federica qu'elle admire mon énergie. Euh. À part qu'Elvia est bête, ça me fait penser que tout le monde à Carnières appelait ma grand-mère « La petite dame énergique »). Et puis on était dimanche soir et j'avais pas encore mangé de pâtes à la sauce rouge. Le dimanche, je mange des pâtes à la sauce rouge et si on m'enterre un dimanche il faudra lancer des spaghetti à la sauce rouge sur mon cercueil. Et pas de croix, s'il vous plait.

samedi 30 janvier 2010

Les Vespa et les Cinquecento croyaient avoir grandi.

Il s'agissait de fixer très fort la vitre passager, et regarder dehors les viali avec les prostituées comme si c'était important. J'ai pensé que j'aimerais bien trouver un espace entre celui où c'était moi qui décidais quand (et si) j'utilisais ma main droite pour caresser et ma main gauche pour changer difficilement les vitesses et celui où ce sont les garçons qui en décident. Quelque chose entre l'époque où c'était moi qui me rhabillais, fermais la porte et démarrais le moteur et cette époque-ci, où à force de passer ma vie sur les motos et dans les voitures des garçons ils ont cru qu'ils pouvaient décider pour moi du moment où il faut ranger le jeu dans sa boite. J'ai dit à Nicola que ma vieille VW me manquait, mais c'est pas tout à fait vrai. Je voudrais juste trouver un équilibre entre ma voiture et celle des autres, arriver à partager un morceau de route flamboyant et savoir qu'au bout chacun reprendra sa bagnole. Très simplement, sans mélodrame dans la Via Carti en refermant une portière parce que, merci mon orgueil, je me suis plantée moi-même dans l'absence de ses grands yeux et que je m'hyperventile d'air glacé anesthésiant. C'était une via Petroni très glauque ; je suis repue de leurs coups d'accélérateur virils, maintenant.

vendredi 22 janvier 2010

Vendredi 22 janvier.

Peut-être que je suis un peu trop grande pour répéter en boucle le triptyque de Ballad of a thin man/I want you/Most likely you go your way and I'll go mine. L'avantage, maintenant, c'est qu'avec les hommes mariés ou fiancés, rien ne peut être vraiment grave. (Et ta dépression n'a rien à voir avec moi, connard. C'est parce que tu viens de signer un prêt hypothécaire avec quelqu'un que tu veux pas voir dans ton lit pour le reste de tes jours, mais ça ne me concerne absolument pas. Allez, salut.)
De toute manière, ça ne se passe pas là. Contrairement à ce que je dis à ma génitrice pour le plaisir de l'inquiéter, je ne crois pas que mes problèmes de sommeil soient de l'ordre du médical (sauf si on envoie Greg H. pour me guérir, là je veux bien me faire inoculer n'importe quelle maladie très mortelle). Si un jour je me couche à 4h59 et lendemain je me réveille à 5h01, c'est à cause de ce collier que j'ai vu chez la marchande de perles (elle est rousse). J'étais allée lui commander un collier pour aller avec ma nouvelle chemise trop coule mais qui a besoin d'un collier, et j'avais vu cette espèce de lacet sur sa table de travail, ce lacet noir translucide avec des perles plic-ploc, ce qui lui donnait des ondulations tout à fait jolies et inquiétantes (mais un collier comme ça n'aurait pas été avec ma nouvelle chemise trop coule). La nuit j'ai l'impression que ce collier n'arrête pas de s'enrouler autour d'un vide. Je sais pas ce qu'il y a dans ce vide, mais je sens qu'il y a quelque chose-quelqu'un dedans. En fait, je sais très bien, mais je préfère aller faire pipi en regardant la façade de l'Opéra (les toilettes ont toujours été les lieux les plus romantiques de mon existence). J'ai froid aux fesses et puis je vais me préparer mon café. Le déni est mon ami.

mardi 12 janvier 2010

Une date qui devrait m'inquiéter.

Ah oui, mon premier examen c'est dans tout pile une semaine, mais comment dire ?
Il y a encore tout le temps des choses qui continuent à me surprendre. Un angle nouveau de la Porta San Vitale ou de la Piazza Androvandi, le fou qui parle de psychiatrie dans un mégaphone à vélo sous les Due Torri (les fous sont vraiment ce qu'il y a de plus beau, du moins quand ils sont propres), l'enseigne "tipografia" qui m'attire maintenant maladivement. J'ai encore plein de choses à découvrir, je commence seulement à aimer les mesdames en vison (est-ce qu'on peut dire qu'on a vu l'Italie quand on n'en a vu que le soleil et pas ces défilés de fourrure d'un autre temps ?), et déjà les garçons commencent à me dire un peu au revoir. Andrea me remercie pour tout ce que blablabla, Nicola déplace ses déplacements d'affaire en fonction de mes déplacements à venir, le Portugais s'est enfin décidé à conclure cette histoire de regards qui n'en finissaient pas, de ma fenêtre à sa terrasse et vice-versa, Stefano (note à Bérénice : il est juste un peu plus poilu que P., c'est la seule différence) voudrait me faire entendre ce concert avant que je ne parte, Alessandro déplace sa nonchalance de plus en plus souvent pour venir me voir. C'est quand même un peu affolant. Plutôt à cause de ces espèces d'adieux anticipés que de l'idée de devoir me séparer d'eux. Voire, c'est même assez pratique de pouvoir les laisser tous ici, refermer la porte et passer à autre chose. Sauf un, celui qui veut absolument me faire découvrir l'intérieur de la Sardaigne et monte les quatre étages en moins de quarante-deux secondes. Il a peur d'être un passant vite oublié et je me rends compte que j'arrive maintenant à tomber dans les affres des hormones déguisées en amour sans devoir retenir une envie de transformer la victime en compagnon de voyage. Oui, je suis seule, je suis terriblement seule et c'est terriblement bon de voyager seule, c'est ce que j'ai appris cet été entre Moscou et Chengdu. Mais je voudrais bien un chat, le jour où j'aurai installé mes livres quelque part.
Pendant les trajets entre Bologne et Ravenne, pendant que de semaine en semaine je voyais dépérir les vignes, j'avais pensé que j'aimerais bien voir le printemps en Émilie-Romagne. Mais il est déjà là, parfois, le matin, et pour le reste, je suis contente que ce soit en février que je retourne parce que février, c'est quand même le seul mois vraiment beau de Bruxelles. Et j'espère voir le printemps ailleurs. (Dans les seins d'Emmylou ?)



(Oui, bon, ça, c'est pour faire la maligne parce que la photo a été prise de ma salle de bains à trois heures du matin, ce qui prouve que mon ISO est VRAIMENT trop coule.)

jeudi 7 janvier 2010

Sept janvier.

Message à Julien :
[6/01/2010 17:18:23] Bérénice : J'arrive pas à tenir le rythme. De faire en sorte que mon chez moi et ma personne soient toujours impeccables quand arrive un monsieur, pour que rien ne marque le fait que la veille ou quelques heures plus tôt c'était le bordel, l'orgie. Pas pour faire des mystères, mais pour que chaque monsieur se sente un peu unique, sente qu'il y a de la place pour lui, là, et ses règles du jeu. J'arrive pas à tenir ce rythme de fille un peu parfaite dans ses réceptions, mais putain que c'est bon comme vie. C'est un peu ce que j'ai toujours voulu. C'est pour pouvoir aller boire un café avec le meilleur raconteur de Bologne au lever (il a porté une armure des comtes Sveva il y a cinq siècles, mais maintenant sa vigueur militaire s'est transformée en vigueur mâle prédatrice, sans que rien n'ait changé, pas même son prénom, Pierlodovico), pour aller prendre le soleil à la Piazza Maggiore parce que ce n'est pas un raccourci. Manger des choses délicieuses parce que je le vaux bien, avoir l'impression de danser au-dedans et recevoir des coups de fil de messieurs qui me font bander avec la voix et jouir avec les yeux. Et préparer le café pour le joli garçon blond qui sait si bien se taire. Décompter les capotes restantes en choisissant la musique qui lui plaira peut-être. Et me trouver belle dans mon nouvel ensemble, tout en rangeant ma nouvelle blouse achetée en pensant "C'est très bien pour une éditrice un peu décalée, ça." J'aime ma vie.
Je crois que je souffre de logorrhée dernièrement (pauvre Julien). Ça doit être par effet de compensation parce que, comme dit mon éternel fiancé, je suis une jeune fille bien élevée qui ne parle pas la bouche pleine. Nicola me rend dingue et RIEN ne se calme. Quand il se fâche parce que je l'appelle Signore et puis qu'il avoue que les fanciulle ventenne (les gamines de vingt ans), c'est vraiment trop fatigant à son âge. Quand il paraphrase ce "J'ai peur de te perdre" à toutes les sauces avant de remettre ses chaussettes d'ingénieur qui n'était jamais en retard à ses réunions, avant. Il faudrait vraiment que je n'oublie pas que mes études ne sont pas encore tout à fait terminées.
En bref, surveillez vos boîtes aux lettres.

samedi 2 janvier 2010

Deux janvier.

Hier soir tout était encore très serein au 43, rue du midi. Je ricanais des jeunes Italiens cherchant de l'animation sur la grand-place à quatre heures quarante-huit du matin. Passé le 16 rue de la loi, je me suis rendu compte qu'en fin de compte, malgré les auspices d'une crise de nerf cachée pudiquement dans le fond de l'avion vide Bologne-Bruxelles, malgré la couverture de "Douze heures dans un aéroport, c'est vraiment tuant." pour justifier le manque d'allégresse de retrouver la demeure familiale et ma chambre d'enfant, eh bien malgré ce début cahotant j'avais fini par passer deux semaines bien-heureuses. Sur l'autoroute j'ai même pensé que je pourrais avoir un jour envie de vivre à Bruxelles. J'ai garé ma voiture le long de la haie tout doucement, comme pour lui dire au revoir. C'était tout simple, comme souvent. Tout simple parce que mon père m'a appris à prendre des décisions et m'y tenir en toute confiance, pour la simple raison qu'on l'a prise et qu'il fallait bien prendre un chemin. Il a m'a aussi appris les vertus de l'intuition, quand on sait combien il a le ratio dans la peau, c'est un peu rigolo, mais ça me rend les choses plus simples et plus agréables, et là j'avais vraiment l'impression d'entrer dans le coeur de la douceur de vivre. (Papa m'avait dit quelques jours plus tôt de regarder les annonces dans Référence et moi j'avais pensé à combien d'espace il me faudrait pour installer mes livres quand je les emmènerai dans une mythique bibliothèque à venir.)

C'est en me réveillant ce matin que j'ai senti la boule. La putain de boule dans l'espresso, en essayant d'écouter Juan d'oultremont à la radio pendant que le petit-déjeuner familial vrombissait au dessus de mon muësli. La boule. (Refermer ma valise éventrée par terre à mon arrivée, trier les papiers sur mon bureau.) Voir le dernier repas de ma mère et me dire qu'il n'entrera jamais. Arriver à l'avaler et me dire qu'il restera forcément bloqué là toujours. Prendre l'autoroute de Mons et dire au revoir. (Cette putain de boule, merde.) M'engueuler avec la moitié de cet aéroport low-brain de merde et se calmer un peu le temps de me laisser traiter en animal grégaire qui s'assoupit pendant qu'on lui vole son individualité. Est-ce que j'ai déjà dit combien je déteste Ryanair ? Et puis, comme dans toutes les histoires, l'atterrissage, le bagage, le bus, les rues. En arrivant via Petroni j'ai revu Walid. Je lui ai dit j'ai été inquiète de ne plus te voir, où est-ce que tu étais passé ? J'ai été hébergé par une copine pendant un mois, puis quand je suis revenu je ne t'ai pas vue non plus, j'ai été inquiet aussi. J'ai souri en pensant que pendant que je disais à tout Bruxelles que j'avais perdu Walid, de son côté il demandait à tous les punks de Bologne s'ils ne m'avaient pas vue, si j'avais pas laissé un message pour lui. J'ai dit mon bagage est très lourd, à demain, Walid. Dix minutes pour monter les quatre étages. Cette boule, putain, cette boule. J'aurais tué pour savoir si c'était de l'angoisse, du désir, de la crainte.
La clé ouvre la porte. La nappe violette, tout était comme je l'avais laissé. Un râle de Frank Zappa marié à Jeff Buckley, Melody Nelson et plein de choses que je ne croyais pas avoir jamais écoutées est sorti de ma gorge et fait éclater la boule.
Et j'ai ouvert les volets.